Compte-rendu UT4M 2015

Compte-rendu UT4M 2015

Crédit photos Andy Bryant

Ceux qui me connaissent savent qu’achever l’UT4M était pour moi un défi de longue date, qui est devenu au fil des événements un véritable challenge personnel.

En effet, j’étais inscrit à la toute première édition de l’UT4M en 2013. J’étais alors bien affûté et en excellente condition mentale pour réussir, mais une mauvaise blessure (fracture du tibia) viendra brutalement briser ce rêve, et complètement remettre en question ma pratique du Trail Running.

Il m’aura fallu 2 ans, 2 opérations, et pas mal de séances de kiné pour me remettre en selle, regagner la masse musculaire perdue, passer l’appréhension pour à nouveau faire confiance à ma jambe blessée, et me reforger un mental solide.

Le plus difficile sera sans doute de retrouver un environnement professionnel (et personnel) me permettant d’absorber le volume d’entraînement nécessaire à ce type de course. Papa d’un merveilleux petit garçon et travaillant désormais en plaine, il m’a été difficile d’adapter mes séances. Car si je dois le rappeler, bien qu’une épreuve comme celle-ci se termine clairement à l’envie et au mental, le physique doit être prêt et constituer une base solide sur laquelle on peut s’appuyer.

Je pense d’ailleurs que beaucoup font cette erreur. J’ai entendu des coureurs discuter, ils pensaient qu’ils pourraient boucler un 160 au mental, que c’est long mais qu’il suffit d’aller doucement, que finalement on marche quasiment tout le long… C’est évidemment une erreur . Même si le rythme est lent, avaler les 10’000 mètres de dénivelée demande une préparation sérieuse et un physique adapté.

Bref, c’est donc en jonglant avec ces diverses contraintes et grâce au soutien de ma femme que, petit à petit, j’ai pu revenir vers un niveau convenable.

Je dis convenable car j’étais loin d’être bien préparé. J’étais clairement beaucoup moins entraîné que ce que j’ai pu l’être par le passé. Pour vous donner une idée, j’ai recommencé à courir à l’automne 2014 – avec un break de 4 mois pendant l’hiver pour la naissance de mon fils. J’ai seulement fait 2 courses en 2015 : le trail de Chamrousse (28 km) et l’Interlac (80 km). Cela dit, les bonnes sensations sur ces deux courses m’ont poussées à tenter le jackpot et à m’inscrire à l’UT4M, et ce, juste 15 jours avant le départ ! NDLR : J’en profite pour remercier l’organisation qui a permis des inscriptions tardives, car même si j’ai due rajouter mon nom sur le dossard au stylo, je n’aurai pas été présent sans cette flexibilité dans les inscriptions.

Et donc me voilà inscrit ! Presque surpris, car très sincèrement, je ne l’avais pas du tout prémédité, où même envisagé… Mais je suis bel et bien inscrit. Motivé, confiant en mes capacités, lucide sur la difficulté, humble mais déterminé et prêt à ne rien lâcher.

Le départ à Grenoble, 8h00

L’ambiance est très bonne au départ.

Un départ à 8h00 du matin c’est tard, mais tout de même beaucoup plus simple à gérer en terme de logistique. Même si nous ne sommes finalement pas si nombreux par rapport à des événements plus anciens (comme la Saintelyon ou le sacre-saint UTMB), on sent que les moyens sont à la hauteur des ambitions de l’organisation.

Le drone nous survole et le palais des sports nous domine. Le cadre du Parc Mistral est idéal, spacieux et très vert. Je repense quand il y a 25 ans de cela, je disputais ici les cross départementaux des collèges…

C’est le départ, un dernier sourire vers mes parents qui m’accompagnent, et la course commence par la traversée de Grenoble via les grands boulevards, fermés pour l’occasion. 5 km de mise en chauffe très symboliques, offrant un moment pour savourer d’abord le simple fait d’être au départ, pouvoir se dire « ça y est, on y est« , et faire ses au revoir à Grenoble par des quartiers bien familiers qui contrastent avec ce grand saut dans l’inconnu.

Le Vercors

C’est partie pour l’ascension du Vercors.

Une ascension relativement douce, où l’ambiance est très bonne. Tout le monde est frais et ça monte à bonne allure, sans doute poussé par les participants au 40 km et au relais. Illustration de l’ambiance très familiale qui règne sur la course, c’est Frédéric Desplanches, vainqueur 2014, qui nous fait traverser la route en toute simplicité à la Tour sans Venin.

Déjà, le parcours offre de beaux panoramas sur Grenoble, la Chartreuse et la chaîne de Belledonne.

Le passage au tremplin olympique de Saint-Nizier (voir l’histoire du tremplin) et la fameuse montée d’escaliers – heureusement temporisée par les « bouchons » – marque la mi-ascension et le premier ravitaillement.

Au Moucherotte, il est 10h20 (2h20 de course) et je suis alors 270ème sur 353 coureurs.

Des sentiers plus raides et plus techniques nous amènent jusqu’au sommet du Moucherotte, point culminant de cette première ascension.

Après ces 1700 mètres de D+ nous sommes sur le plateau du Vercors, et si la vue sur la vallée est magnifique, c’est vers le plateau que je me tourne.

Au loin le pic Saint-Michel… Je me remémore avec émotion l’Ultra Trail du Vercors où nous partagions ce bout de parcours – une de ces étapes qui m’a amener à être ici aujourd’hui – j’en souris.

Je suivrais à mon rythme les chemins roulants et en balcon pour nous y emmener, en m’arrêtant à l’étape de Lans en Vercors.

A Lans en Vercors, il est 12h00 (4h00 de course), et je suis alors 241ème sur 347 coureurs.

L’ascension plus raide du pic Saint-Michel se fait à nouveau en file indienne.

Je connais moins ce coin là, on est dans un Vercors sauvage et minéral, un environnement très méridional. Malheureusement, les bouquetins, pourtant nombreux dans ce secteur, ont désertés la place, sans doute effrayé par le drone qui tourne au dessus de nos têtes :).

Au sommet l’ambiance est très conviviale, les coureurs se prennent en photo entre eux, profitent de la vue. Je préfère ne pas traîner et me lance dans la longue descente (1500m de D-) vers la vallée. Une descente assez raide et technique mais qui se gère bien, début de course oblige.

Une fois en bas, nous passerons la « bosse » entre Saint Paul-de-Varces et Vif. Sur le papier, c’est insignifiant mais en réalité ça grimpe sec. De plus, on est en pleine journée et il fait chaud ! Heureusement, j’étais prévenu et préparé à cette difficulté (merci Remy Marcel).

On redescends jusque Vif.

Cette portion est beaucoup plus longue que ce qu’on peut penser, et ça se voit sur le chrono.

Il est 15h48 (7h48 de course) à mon arrivée à Vif, et je suis alors 189ème sur 337 coureurs.

J’arrive au ravito de Vif en plutôt bonne forme.

Beaucoup disaient que la course démarre véritablement ici, j’ai en effet ce sentiment… Je suis désormais dans ma course – la fraîcheur physique du départ n’est plus, et j’attaque avec plaisir la course de fond.

Je me ravitaille donc rapidement et part – oups demi-tour, j’ai oublié de remplir la poche à eau… Premier témoignage d’un peu de précipitation et de perte de lucidité…

Allez, à moi l’Oisans !

Je repars de Vif à 15h59, je suis alors 166ème sur 323 coureurs.

L’Oisans

Cette section de la course se passe super bien. On est bien « dans la course » et j’ai jusqu’alors correctement géré mon alimentation et mon hydratation. Les coureurs sont plus parsemés, ce qui me permet de trouver mon rythme et de mon concentrer sur ma foulée. J’avance plutôt bien et comme à mon habitude, je remonte lentement mais surement mes compagnons de courses.

J’ai des sensations très positives à ce moment de la course, je me sens bien et je prends beaucoup de plaisir. J’ai alors le sentiment que ça va le faire physiquement, et que ce sera surtout une question de patience et de volonté. La chaleur est présente – mais pas écrasante (30 degrés tout de même) comme on a pu la connaitre les semaine précédentes, et la montée est suffisamment fragmentée pour ne pas trop casser les jambes.

Bref tous les voyants sont au vert.

A Laffrey, il est 18h38, je suis alors 152ème sur 318 coureurs.

J’arrive à Laffrey en fin d’après-midi.

Je commence à comprendre que le planning établie et que l’objectif de moins de 40h00 ne seront sans doute pas respectés. Mais je suis dans mon rythme, et j’essaye de ne pas trop y penser. Je croise les premiers coureurs à l’abandon et ça me permet de relativiser… Céline et son papa m’attendent à Laffrey, et je prends le temps d’engloutir un bon sandwich et un coca frais avant de repartir.

C’est déjà le soir, mais je repars bien ravitaillé. J’espère malgré tout pouvoir arriver – comme prévu initialement – à la Morte avant la nuit… Je sais en longeant le lac que je vais maintenant m’attaquer à la partie « sérieuse » de la course, et me prépare mentalement à cette difficulté.

La montée vers l’Alpe du grand Serre est encore relativement cool, pas trop cassante. J’ai de bonnes jambes et je cours régulièrement. C’est la partie du parcours que je connais le moins et j’apprécie de découvrir la vue sur la vallée du Grésivaudan avec le soleil couchant depuis ces versants… Je sais que depuis Meylan, on voit cette partie de la montagne et j’ai une pensée pour ma famille. Le grand serre nous domine, éclairé par les lumières orangées du soleil rasant…

Mon enthousiasme me fera louper une intersection dans une descente bien roulante, heureusement nous sommes plusieurs dans cette petite galère ce qui permet d’en rigoler – je pense qu’on perd 15 minutes sur l’aller/retour. Il fait désormais nuit noire, mais on refuse tous de s’arrêter pour sortir la frontale ! Enfin nous arrivons à la Morte, où nous sommes chaleureusement accueillie.

Il est alors 21h13 (13h13 de course) à mon arrivée à la morte, et je suis 140ème sur 284 coureurs.

La nuit tombée. L’ambiance est désormais très différente et j’aime beaucoup ces sensations nocturnes. Les sens sont altérés par l’obscurité, et avec l’ajout de la fatigue, la vision et l’audition sont bien différentes (je recommande à tout le monde de faire la Saintelyon au moins une fois pour comprendre de quoi je parle).

Je vois aussi les premiers symptômes dues à la fatigue, chez moi et chez mes compagnons de course : moins d’appétit, de lucidité et un peu d’irritabilité quand on doit faire la queue pour un contrôle des sacs… Des lits de camps sont à disposition et à ma surprise, beaucoup sont déjà couchés.

Il est alors 21h29 (13h29 de course) à mon départ de la morte, et je suis 120ème sur 261 coureurs.

Mais il est encore tôt et là encore, je repartirais rapidement. Je partage ce moment de la course avec d’autres coureurs et nous quittons ensemble le ravitaillement pour attaquer l’ascension du Grand-Serre.

Je me dis que de nuit, nous verrons moins la difficulté de l’ascension qui nous attends. Cela dit, les lumières qui scintillent au milieu des étoiles – assez verticalement au dessus de nos têtes – sont bien des frontales… C’est raté pour faire abstraction de la difficulté, ce « Pas de la Vache » ressemble à un sérieux mur. C’est donc à rythme prudent que nous gravirons les 1000 mètres de dénivelée sèche.

La montée est agrémentée sur la fin de petits flambeaux qui sont vraiment sympa, l’odeur du bois brûlé et les halo de lumière réchauffent le cœur, c’est le genre de petits détails qui font vraiment plaisir lorsqu’on est dans l’effort.

Enfin le sommet…

Cette montée, et le froid qui a fait entre temps son apparition, laisseront sans aucuns doutes des traces sur notre physique. Après un petit mot avec les bénévoles qui courageusement tiennent le sommet, je bascule seul dans la pente, le groupe s’étant éclaté pendant la montée. C’est un parcours inconnu pour moi, mais la vue est magnifique et je m’amuse à deviner quels sont les villes et villages qu’on voit briller au loin – il faudra vraiment revenir de jour.

Après la montée, la descente est aussi assez difficile à gérer. Très technique en début de parcours, pour devenir ensuite plus roulante, elle porte un coup physique. Mes sentiments sont alors très mixés : physiquement je me sens plutôt bien, mais j’ai l’impression d’avancer très lentement (ce qui est vraisemblablement le cas). J’ai froid au passage des lacs où l’air est très humide mais je ne met pas de couche supplémentaire.

Avec le recul, je réalise que l’accumulation de la fatigue et l’obscurité nocturne ont sans aucun doute altérés mes sens. C’est une expérience qui me manquait, mais dont je tire des enseignements ! Je réalise que la nuit en haute-montagne peut être hostile et qu’on est pas à la Saintelyon ! Heureusement, des rencontres sympas entre coureurs m’aident à tenir, à partager la difficulté et à compter les kilomètres restants.

Il est alors 0h44 au Lac du Poursollet, je suis 110ème sur 248 coureurs.

POURSOOOLLLLLLET ! Moi qui croyait arriver à Rioupéroux vers 1h00; nous sommes juste au Poursollet et la nuit est déjà bien entamée. Cette dernière section de course aura été très marquante. Je prends complètement conscience à ce moment de la course que le timing est décalé et que je ne terminerai pas samedi soir, ce qui me met un coup au moral.

Heureusement, l’ambiance au ravitaillement est au top. Je prend un moment pour savourer une bonne soupe marocaine, mais je repars vite car à l’arrêt, le froid tétanise rapidement les muscles.

J’attaque la descente vers Rioupéroux; annoncée comme très cassante.

C’est effectivement une descente technique, mais pas si horrible que ce que j’avais pu imaginé. En tout cas, je m’attendais à pire et j’avoue m’être lancé dans des pentes bien plus mauvaises ! Tant mieux. 🙂 J’assure la descente et reprends quelques places. Là encore, c’est la durée plutôt que la difficulté physique le facteur à gérer : La descente se passe bien mais est en fait très longue… (1650 de D-). Je me console en me disant que c’est toujours moins pire que le KV qui nous attends après !

On traverse enfin un hameau en se croyant arrivé, mais non, il faudra encore quelques lacets supplémentaires pour que je reconnaisse enfin la route nationale qui traverse Rioupéroux. Le ravito n’est plus très loin.

J’arrive à Riouperoux à 4h15, je suis alors 96ème sur 222 coureurs.

Sans vouloir être négatif, cette base vie restera pour moi le point de la course à améliorer.

J’ai ressenti le ravito comme on ressent cette vallée quand on y passe l’hiver – un peu glauque. Malgré la chaleur des bénévoles, la lumière des néons, les chiottes turques sans porte, et surtout la salle de repos sans lit de camp et une porte qui ne ferme pas, c’est un peu dur à ce moment là de la course, surtout pour une base vie. Il est 4h00 du matin et je suis crevé – je bloque tout de même 30 minutes, où je n’arriverai à m’assoupir que quelques instants à cause du bruit.

Je pense que malgré tout ces 30 minutes d’arrêt me redonneront pas mal d’énergie – il m’en faudra pour enchaîner sur le KV.

Je repars de Riouperoux à 5h24 (1h10 de pause !), je suis alors 89ème sur 186 coureurs.

Belledonne

La reprise est assez radicale… dru dans l’pentu !

C’est un kilomètre vertical bien violent qui nous attends (1000m de D+ sur 3km). On le savait et on l’attendait – c’est sans doute le passage le plus dur physiquement de la course.

Alors, pas à pas et en serrant les dents, l’ascension va se faire. Certains passages nécessitent de mettre les mains mais on voit aussi que le chemin a été sérieusement préparé pour pouvoir nous accueillir (bravo). Je pense à Julien Chorier, vainqueur du KV ce matin, qui a fait la montée en 38 minutes. Je me demande si je vais mettre le double, le triple ? Sans doute quelques chose entre les deux.

L’arrêt à Rioupéroux me permettra de passer l’obstacle proprement, sans me mettre trop dans le mal. Les bénévoles que nous croisons sont super sympas et nous encouragent bien. C’est toujours l’occasion d’un petit break, d’échanger quelques mots et sortir la tête de la course pendant quelques instants.

J’arrive à l’Arselle à 7h31, et je suis alors 90ème sur 188 coureurs.

Enfin, le plateau de l’Arselle !

C’est un grand soulagement d’arriver en Belledonne, la nature y est plus accueillante et ces paysages me sont surtout bien plus familiers. J’ai limité la casse niveau chrono et c’est avec plaisir que je constate être arrivé avant qu’il ne fasse complètement jour.

L’ascension n’est pas terminée et nous cheminons vers le Lac Achard, mais le passage sur le plateau permet de récupérer un peu et même de courir doucement. Le bénéfice de la sieste à Rioupéroux s’est volatilisé dans les 34% de pente du KV et j’envisage à nouveau une petite pause à Chamrousse où je sais qu’il y aura des lits.

Il fait froid et humide, mais le moral revient en même temps que le soleil. Je suis en territoire connu et avance à bonne allure. Quelques coups de cul viendront freiner mon enthousiasme et me rappeler que j’ai 90 km dans les jambes… Mais un cap est franchie, celui de la mi-course, et il me reste la « bonne » moitié.

J’arrive à la Croix de Chamrousse à 9h07, et je suis alors 86ème sur 180 coureurs.

A Chamrousse, j’ai le sentiment que le plus dur est derrière moi.

Le ravito est super classe et les lits de camps m’appellent telle les sirènes. Je prends à nouveau 30 minutes pour récupérer et repars bien reposé.

Il fait désormais complètement jour, grand beau et je profite des paysages de Belledonne qui me sont si familiers. Ici, chaque bout de sentier est pour moi rempli de souvenirs. Les raides pierriers à traverser sur le chemin de La Pra surprennent mes compagnons, mais pas moi, car je les connais bien et j’ai même appris à les apprécier. C’est un vrai avantage de connaitre le terrain, et c’est aussi pour cette familiarité avec le parcours que j’ai souhaité faire l’UT4M

Je passe au refuge de la Pra à 11h31, et je suis alors 84ème sur 170 coureurs.

Je ferai un très court arrêt au refuge de la Pra malgré encore une fois des bénévoles très sympathiques et avenants; pour enchaîner rapidement pour l’ascension du Grand Colon. La montée me faisait peur car je la connais très raide et particulièrement glissante, mais elle se passera bien. Je ne sais pas si c’est moi mais elle m’a parue beaucoup plus courte que prévue (c’est en réalité uniquement 300m de D+). Les randonneurs qu’on croise sont pleins d’admirations et nous encouragent vraiment.

Je ne m’arrêterai quasiment pas au sommet du Grand Colon malgré le point de vue juste incroyable qu’il propose. Il y a trop de monde, et je connais bien. Après un bon tour d’horizon, je préfère ne pas perdre de temps et profiter de ma relative bonne forme pour me lancer directement dans la longue descente.

La première partie sous le Grand Colon est très technique et m’a passablement saoulé; difficile quand on a envie d’aller vite de devoir gérer une descente technique, car la vitesse peut alors vraiment devenir une ennemie (risque de blessure, ou entame musculaire importante…).

On est doublé par le premier du 90 km, qui d’ailleurs se mangera une bonne grosse gamelle sous nos yeux. Sa vitesse est impressionnante, dur à concevoir d’aller aussi vite…

Heureusement, le sentier devient rapidement plus roulant. Je sais que les Bentoumi et Céline m’attendent à Freydière et cela me motive à accélérer. Le moral est bon et le physique très correct, et je cours à bon rythme dans la longue descente très roulante jusqu’à Freydière.

J’arrive à Freydieres à 14h15, et je suis alors 76ème sur 160 coureurs.

Le ravito à Freydière est super; notamment grâce à la présence de Céline et de la famille Bentoumi au grand complet !

Je mange un gros sandwich maison et profite d’un super break – les échanges, les conseils et les encouragements de Nono me font du bien. Je ne sais pas combien de temps je me suis arrêté, mais ça a été du temps valorisé !

Je repars donc au top et pourtant, la section suivante va sérieusement mettre ma patience à l’épreuve.

Comme je ne l’attendais pas, on attaque par une bonne cote. Moi qui attendait une descente continue jusqu’à la vallée, je me pose des questions. Par où va-t-on passer ? J’ai même peur de m’être trompé de circuit. Mais je retrouve d’autres coureurs et on enchaîne ensemble sur de grands lacets qui tirent d’un coté et de l’autre. J’ai l’impression qu’ils ont fait ces boucles juste pour rallonger le kilométrage (Alors qu’en fait, le tracé est assez direct…).

C’est roulant et en pente douce, je cours régulièrement. Cela dit, je trouve le le temps long. Nous arrivons enfin dans la vallée où l’on m’annonce le ravito à 5 km ; un vrai coup de couteau dans le cœur. La traversée de la vallée a travers les champs de maïs sera un calvaire. Ça aussi je le savais, mais je l’avais oublié en cours de route, et je n’y étais pas préparé.

Même si nous sommes en fin d’après-midi, il fait encore très chaud, et je marcherai tout le long. 5km en marchant, c’est long… et il me faudra vraiment de la patience pour rejoindre le ravito de Saint-Nazaire les Eymes. Je me rappelle même avoir demandé (très sérieusement) à un concurrent si par hasard on ne l’avait pas déjà passé… je pensais l’avoir loupé !

J’arrive (enfin) à St Nazaire les Eymes. Il est 17h13 et je suis 73ème sur 151 coureurs.

J’y retrouverai Céline, Chantal et Nono pour un bref coucou, et même mes parents qui me font une visite surprise.

L’arrêt sera un peu plus long que prévu et malgré le fait qu’il ne reste plus qu’un seul massif, je me sens las et fatigué… Cette traversée de la vallée m’a usée moralement. Je suis OK physiquement, mais nous sommes en fin d’après midi et le manque de sommeil refait sont apparition. Ce manque de sommeil me donne une sensation de nausée et j’ai du mal à m’alimenter.

Je repars vite car à l’arrêt je sens littéralement la fatigue et le mal-être m’envahir.

Je repars de St Nazaire les Eymes à 17h43, je suis alors 66ème sur 143 coureurs.

Chartreuse

Je met un peu la musique pour me changer les idées. Le parcours passe dans des coins de Saint-Ismier qui me sont familiers. Petit à petit je reprends mon rythme.

La montée en forêt vers le Col de la Faita n’est pas du tout technique et se passera bien. Lentement, pas après pas, mais sans arrêt. Par contre, elle est méchamment longue (1250m de D+) et fera des dégâts sur mon tendon d’Achille qui était déjà bien échauffé.

Je reprends dans cette montée plusieurs concurrents à bout de force, et j’arrive au Col en bonne confiance.

Je suis ravi d’arriver à l’Emeindras avant la nuit. J’en profite pour apprécier cette belle prairie et la vue sur Chamechaude. C’est ici qu’adolescent, j’ai fait mes premières randonnées.

Cette joie est vite freinée par ma douleur au tendon d’Achille. Dans la descente de l’Emeindras, je constate avec effroi que j’ai vraiment très mal, et qu’il m’est impossible de courir dans la pente. Sur fond de fatigue, cela va me créer une bonne grosse montée d’angoisse.

A ce niveau du parcours, j’estimais l’arrivée comme acquise et j’étais certains que rien ne pourrait m’empêcher de finir. Soudainement, tout est remis en question et les interrogations se bousculent dans ma tête : Et si je ne pouvais plus marcher ? Comment je vais gérer l’ascension de Chamechaude? Et la descente ? Et si j’avais une rupture du tendon ?

J’ai vraiment eu très peur à ce moment de la course…

J’arrive au Habert de Chamechaude à 21h22, je suis alors 67ème sur 143 coureurs.

Je suis désormais rattrapé régulièrement par les coureurs du 90 km et on arrive nombreux au Hameau de Chamechaude.

La pastèque, le feu de joie et la super ambiance me permettront d’oublier mes soucis ! C’est un super ravitaillement, hyper accueillant et chaleureux (on l’élira meilleur ravitaillement de la course :)). Je repars malgré tout vite, notamment pour compenser le ralentissement due à ma blessure.

Il fait désormais nuit noire, j’ai rallumé la frontale et mis la veste. On part pour Chamechaude, le dernier « gros » sommet. Avant le départ, l’équipe du ravito nous donne des informations bien utiles. Encore 400m de D+ pour l’ascension de Chamechaude, et autant pour le Saint-Eynard, finie les grosses montées ! Cool !

Bon, j’avoue que lorsque j’ai vu les lumières des frontales flotter dans le ciel au milieu des étoiles, ces 400m de D+ m’ont parut gigantesques. On croise aussi au début de l’ascension les coureurs qui en descendent, et ça, c’est jamais très bon pour le moral. Bref, c’est avec un enthousiasme mitigé que j’attaque la pente.

La montée se passe à nouveau lentement mais plutôt bien. Nous sommes nombreux sur le chemin et ça donne de l’énergie. Le tendon est très douloureux. Cela ne m’empêche pas de monter, mais je m’inquiète sérieusement pour la descente qui à l’air bien technique, et la suite de la course.

Enfin, je passe le sommet avec au loin les lumières de la vallée… Je ne prends pas vraiment le temps d’apprécier car j’ai hâte de voir comment je me comporte dans la descente. C’est la dernière ligne droite…

La descente de Chamechaude se passera plutôt bien finalement, la relative forte pente me permet de sautiller de d’épargner mon tendon.

Il reste 8km descendant jusqu’au ravito du Sappey. Ils resteront sans doute comme les kilomètres les plus long de ma course… J’ai mal au tendon, et je ne peux pas courir alors que la pente douce s’y prête vraiment, ce qui est très frustrant. Même si Chamechaude est derrière moi, je garde l’angoisse de me blesser plus gravement et de ne pas pouvoir terminer, ou à moindre mal, de perdre un classement pas mauvais et difficilement acquis – et oui, on se prend au jeux du classement même sur ces distances…

Cela dit, c’est le sommeil qui va me peser le plus durement pendant cette section…

On est désormais proche de la fin et j’estime plus justement le temps restant. Je comprends alors que je n’arriverai pas avant le petit matin… Je réalise à ce moment que je ne tiendrai jamais jusqu’à l’arrivée sans dormir un peu. A partir de ce constat, le sommeil va me harceler.

Les 8 km en marchant me paraissent (et sont !) une éternité. Je lutte réellement pour ne pas m’arrêter dormir sur le chemin – Les idées les plus folles me traversent l’esprit, j’envisage les granges qu’on croise, voir si une voiture n’est pas restée ouverte, sous le porche d’une maison, etc. Mais heureusement, j’ai tout de même suffisamment de lucidité pour réaliser que je suis complètement à l’Ouest et, à part un arrêt express de quelques minutes, je me force à rester éveiller jusqu’au ravito suivant.

J’arrive au Sappey éreinté à 0h56, je suis alors 67ème sur 142 coureurs

Enfin le Sappey ! C’est une grosse délivrance…

A mon arrivée, on me propose à boire, à manger; Je réponds : Je voudrais dormir, n’importe où ça m’ira. On me réponds « Vous êtes sûre ? vous voulez pas une petite soupe avant ?« . – Non, non, juste dormir ! 🙂

Alors prêt à dormir avec les ânes ou les insectes, imaginez ma joie lorsque j’aperçois les lits de camps ! Je mets le compte à rebours sur 30 minutes et m’endors en quelques secondes, sans doute un grand sourire aux lèvres…

30 minutes plus tard, le réveil est difficile. Il fait super froid et mon tendon est toujours douloureux. Malgré ça, je sais que ça va aller mieux car j’ai vraiment bien dormi. Cette fois, l’euphorie (toute relative) de l’arrivée m’atteint. On est au Sappey, on est tout prêt du but ! Je me lève du lit et part direct (réellement, il a du me falloir 30 secondes pour me réveiller, mettre mes chaussures et partir).

Allez, on rentre à la maison !

Je repars du Sappey à 01h34, je suis alors 68ème sur 141.

Rapidement, je sens que je vais beaucoup mieux – j’ai vraiment bien dormi et c’est impressionnant comme le corps peut récupérer en peu de temps lorsqu’il en a vraiment besoin.

J’attaque la montée du Saint-Eynard plus sereins. Certains passages sont raides et je rame sérieusement, mais je fais l’effort et l’arrivée rapide sur la crête me surprends dans le bon sens ! C’est un moment de joie intérieure très fort. On y est, sur ce fort du Saint-Eynard qui domine Grenoble. C’est un endroit spécial pour moi, il me toisait dans mon enfance depuis la fenêtre de ma chambre et reste l’un de mes premiers sommet !

Un bénévole déjà croisé dans l’Oisans est là, tout seul, avec la musique. Je prends le temps de discuter un peu et il me propose un café. Alors que mon groupe de coureurs basculent dans la descente, j’accepte avec plaisir. Je sais que c’est un moment spécial que je n’oublierai pas… Grenoble brille comme jamais et m’attends en bas, au chaud, tel un cadeau de noël sous le sapin qu’on regarde du coin de l’œil pendant le dîner… J’apprécie le café chaud et ce beau moment de partage.

Cette fois, je suis sur mes sentiers ! Je reconnais les bosses, les racines de ces chemins que j’ai fait 1000 fois (NDLR : je constate d’ailleurs qu’un impressionnant boulot de nettoyage à été fait par l’organisation). Je retrouve de bonnes jambes et même si ma foulée est un mix de marche rapide et de course lente, j’avale rapidement la descente vers le Col de Vence.

J’arrive au dernier ravito du Col de Vence à 3h33, je suis 72ème sur 136 coureurs. (bizarre car je me souviens pas m’être fait passer).

Col de Vence bien familier, où je pensais trouver tout le monde en train de faire la fête, chanter et danser autour d’un feu de joie pour célébrer la fin de course.

En fait, tout est très calme, les gens chuchotent presque. J’essaye de mettre un peu d’ambiance mais je suis quand même un peu rincé pour jouer le rigolo… Du coup, je décolle très vite et beaucoup profitent de mon élan pour me suivre…

Je fais la montée dans l’effort, je suis clairement porté par l’arrivée toute proche… Je suis dans un bon moment, un bon rythme, le repos m’a vraiment fait le plus grand bien.

La descente vers la Bastille, puis vers Grenoble se passe bien. C’est un vrai regret de ne pas pouvoir courir sur ces longs lacets car j’ai les jambes et la tête pour le faire, mais j’essaye de me consoler et de relativiser : j’ai déjà de la chance d’être là et j’arrive à maintenir mon classement, la casse est limitée.

Arrivée à Grenoble

La traversé du centre-ville de Grenoble à 5h00 du matin m’offre un regard assez contrasté sur les jeunes saouls et titubants. J’apprécie une forte présence d’agents de sécurité, franchement appréciable vue les types que je croise.

C’est les dernières rues. Quelques escaliers pour la passerelle, et me voilà au Parc Mistral… Chantal et Céline m’attendent !!!

C’est la fin, j’oublie la douleur pour passer la ligne en petite foulée…

J’arrive à Grenoble à 5h43, 69ème sur 140 coureurs.

Ce n’est pas l’explosion de joie que j’avais imaginé mais plutôt une douce sensation du plaisir qui m’envahit le corps. Les mots du speaker et des bénévoles me font très plaisir – je suis bien entouré avec Céline et ma sœur. Mr. Yogi Tea m’offre un délicieux thé chaud, qui me réchauffe tout autant que la joie d’être arrivé.

Je récupère mon tee-shirt de finisher. Je ne peux retenir un éclat de rire (un brin prétentieux, certes) quand on m’annonce que je peux échanger sans problème mon L par un M, car le nombre de finisher attendus est plutôt faible.

Cette douce sensation d’être sur un nuage se poursuivra pendant les jours qui suivent. Je suis surpris par l’engouement que ma course à suscité dans ma famille et chez mes amis. J’entends les classiques « tu es fou » ou « tu es un grand malade » ou encore « tu aimes avoir mal » … Encore une fois, mes sentiments sont bien différents de ce que je peux entendre et difficile à partager avec les non-initiés.

Mais l’engouement de mon entourage est une vraie satisfaction, et je suis heureux de pouvoir partager ma joie avec mes proches. Mes parents et mes sœurs, ont été mes premiers supporteurs et n’ont pas non plus beaucoup dormi pendant ces deux jours.

Je suis vraiment content et fier d’avoir bouclé cet UT4M. Je réalise en voyant le chrono du vainqueur (29h00), et le nombre d’abandons (140 arrivants sur 350 partants) qu’il s’agit d’une course très exigeante parmi les 100 miles. Les commentaires des finishers confirmeront la difficulté du parcours, avec une dénivelé plus proche des 11’000, que des 10’000 prévus.

Je repars heureux, aucunement changé, juste fier de mon accomplissement. C’est l’achèvement d’un rêve posé il y déjà plusieurs années, qui avait été littéralement brisé mais que j’ai su reconstruire pièce par pièce, fort de mes rencontres, de mon entourage, sans violence ni rancœur, pour aller le décrocher avec volonté et détermination, à coup de rêves comme dit l’Oncle Ben.

J’en tire un fort sentiment de sérénité et je repars la tête chargée de souvenirs, d’émotions et de belles rencontres. Je ne sais pas si je reviendrais, où si je participerais à d’autres Ultras, la question n’est pas là – pas maintenant en tout cas. Je suis juste heureux d’avoir réaliser un rêve, celui de boucler le tour de ma ville par les sommets, comme pour mieux entourer les gens et les choses que j’aime.

Les Plus

  • Un circuit incroyable autour de Grenoble.
  • La possibilité de s’inscrire jusqu’au 2 Août ! Bravo (et merci).
  • Des bénévoles géniaux et une super ambiance aux ravitos  – Indispensable pour finir la course.
  • Balisage excellent. Malgré la fatigue, impossible de se perdre.

Les points à améliorer (selon moi!)

  • Base vie de Rioupéroux pas hyper au top (et plus particulièrement la salle de repos)
  • Le ravito de Laffrey – dommage qu’on n’est pas la vue sur le lac :'(
  • Traversée de Saint Nazaire difficile mais je pense que vous fêtes au mieux.
  • Un départ à 6h00 (plutot qu’à 8h00) permettrait à beaucoup de voir un peu plus l’Oisans, profiter de l’ambiance matinale en Belledonne et profiter de la soirée en Chartreuse


Ut4M2015 La Vidéo par Ut4M

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