Marathon de Paris 2012

Marathon de Paris 2012

  • Marathon de Paris (Avril 2012)
  • 42km – 3h31
  • 6538 sur 40000

Cela faisait longtemps que je rêvais de courir un grand marathon. Le marathon de la Voulte qui fut ma première expérience était à l’extrême opposé, un évènement intimiste avec moins de 100 participants ! Et si ma progression dans la course à pied m’orientait assez naturellement vers le trail, l’idée de participer à un marathon de dimension internationale était toujours là.
Également, après une première expérience relativement décevante d’un point de vue chrono, j’avais envie d’établir un temps de référence plus juste.
Pour ces deux raisons, je me suis inscrit au Marathon de Paris.

La première moitié de la préparation fut bonne, avec le suivi assez assidu d’un programme d’entrainement efficace. Cela dit, la seconde moitié fut elle complètement perturbée par de grandes courses les week-ends… Cela jouera sans doute un role important dans le déroulement de la course que je détaillerai plus tard. Donc une préparation moyenne au finale. Cela dit, j’étais dans de très bonne conditions mentales, très motivé et fin prêt à en découdre. Quelques semaines avant le marathon, je participe avec Nono au Semi de Valence que je boucle en 1h31. C’est un temps plutôt encourageant.

Arrivé à Paris la veille de la course, j’ai eu très peur au moment de récupérer mon dossard. Après 3h de TGV et 1h de métro pour rejoindre la porte de Versailles, je trouve une file d’attente d’au moins 2h pour rentrer dans le hall. Une fois n’est pas coutume, et vraiment décidé à ne pas attendre, j’ai trouvé un moyen de rentrer… plus rapidement. 🙂

A l’intérieur, ambiance sympa mais je reste dubitatif face à l’industrie commerciale de la course à pied qui s’étale ici dans toute sa splendeur. Bien que fan de gadgets et autres accessoires, là, ça faisait quand même beaucoup. Je m’échappe après une petite heure dans le salon avec « seulement » une paire de bâton que j’avais déjà prévu d’acheter et que j’ai pu négocier à -30%.

Le lendemain après une soirée tranquille à préparer mes affaires, c’est le départ. Je fais l’impasse sur le vestiaire et je pars en tenue, mon pancho-sac poubelle sur moi. Un peu bizarre d’évoluer dans Paris dans cette tenue, mais très rapidement, je commence à en croiser un autre, puis un groupe. Au bout de quelques stations, le métro est bondé de coureurs en tenu… Ça fait plaisir, les voyageurs qui me regardaient bizarrement à mon entrée comprennent… Je partage le wagon avec une championne Éthiopienne. Ambiance…

Le départ est très bien organisée, pas de problèmes particuliers, sauf un… pas si anodin. L’accès aux toilettes est un enfer, j’abandonne après 15min de queue et le départ approchant. Du coup, je ne bois pas (ou presque pas) avant le départ. Avec le recul, je me rends compte que je n’ai quasiment pas bu depuis mon réveil. Erreur… (2nd)

Bref, ça part, ça part vite, je me sens bien, l’ambiance est dingue. Ca y est, cette fois on y est. Je jubile, mais je gère bien mon allure. La course se passe hyper bien, les KM passent tout seul, je respecte mes chronos et passe les km en 4″50 environ. Je suis bien régulier, c’est top, je pourrais tenir, je vais faire un bon temps. Je double rapidement les 3h30 partis devant, je suis donc sur de bonnes bases, 3h20 peut-etre 3h15. Je profite du décors, de l’ambiance. J’encourage les coureurs handicapés, les aveugles, tout ça est très beau.

Je bois bien, mais je suis partie avec très peu de gel. Après tout les trails courrus, je n’ai pas peur des crampes ! Et pourtant, un peu avant les 30km, alors que je me sens bien et pret à faire l’effort sur la dernière partie de la course, je sens une douleur derrière la cuisse… suée froide, qu’est-ce qui m’arrive… allez, c’est juste un point, ça va partir… Mais non, ça ne part pas, ça reste, et c’est bien une douleur de crampes naissante… je commence à avoir très peur. Je prends immédiatement un de mes deux gels, mais il est bien sur trop tard. La première crampe me saisit derrière la cuisse droite un peu avant le km 30… je suis obligé de m’arrêter.

Je suis en colère et très énervé, un peu surpris sur le coup car j’ai bien bu. Je repars assez rapidement, ça a l’air de tenir, le gel m’a fait du bien, mais j’ai tout de même perdu quelques précieuses minutes. A partir de là, ma course a changé… je suis dans l’angoisse et l’inconnu moi qui quelques minutes plus tot gérait au mieux. Je me questionne quant à mon dernier gel, à mes sensations de douleurs, aux nb de km restants, est-ce que ça va tenir…

Ceux qui ont l’expérience savent qu’on ne se débarrasse pas de crampes sur une courte durée. Les tensions reviennent, à l’autre jambe cette fois… J’attends le dernier moment pour prendre mon gel car il me reste encore pas mal de km et plus qu’une cartouche. Nouvelle crampes vers le KM 32, je dois à nouveau m’arrêter. Je prends mon dernier gel, il me reste un peu moins de 10km à parcourir soit environ 1h de course, et cette fois plus de produit pour m’aider. J’ai peur, peur de ne plus pouvoir courir, de ne pas pouvoir terminer et de finir en marchant. C’est dur moralement car j’avais encore la caisse et surtout j’étais pret à faire l’effort, mais pas contre les crampes…

Je repars, cette fois en levant un peu le pied car il faut que je tienne à tout pris… Je bois tout ce que je peux, prends double dose d’eau et de gatorade, bref je fais de mon mieux, mais je sens les douleurs lancinantes… Les crampes ne sont pas loin. J’essaie d’allonger les foulées pour étirer au maximum, je me conditionne, travail mon cerveau pour eliminer cet acide lactique, je visualise. Pour le moment ça tiens, allez encore 5km… et puis; vers la fin du bois de boulogne, nouvelle crampes cuisse droite. Je dois m’arrêter pour la troisième fois. Cette fois je n’ai plus de gel. Je m’étire donc plus longuement et du mieux que je peux pour éliminer. Je garde en mémoire l’image du meneur d’allure qui, suivie du battement lourd de son troupeau de coureur, passe alors devant moi pleine blinde, pendant que je suis à l’arrêt… Mon objectif de 3h30 est en train de s’envoler… je dois repartir, maintenant.

Dernière ligne droite, il me reste environ 4km. Ce n’est pas la distance, le mal aux jambes ou la tête qui me pose problème. C’est un combat avec mon corps que j’engage, pour que ces foutues crampes me foutent la paix. Je cours sur la réserve, dans la peur à chaque foulée où je ressens des douleurs venir que la crampe me saisisse. Ca tiens, 3km, 2km, l’arrive se rapproche et je tiens toujours. Au fur et à mesure je me soulage, je me dis que desormais j’ai évité la (grosse) casse… Je reprends du moral. Les 3h30 ne sont pas si loin, je peux voir les drapeaux du meneur d’allure au loin, je commence à accelerer…
Il me reste moins de 2km, moins de 10min à courir… je veux tenir, je vais chercher loin en moi pour que mon corps tienne, pour qu’il ne lache pas, j’accélère encore. Il me reste un km, les larmes montent, je ne les retiens pas, et j’allonge la foulée… Je finis vite car cette fois je sais que ça tiendra… Les supporters sont très présents, et tous les coureurs dans le même effort, mais plus que jamais chacun dans sa bulle. Moi également, je livre mon propre combat. Ca tiendra jusqu’au bout et je passe la ligne en 3h31. Je considère mon objectif comme atteins, même si j’aurai pu faire beaucoup mieux, et avant de rentrer dans les rangs je m’isole pour fondre en larmes, sans vraiment savoir pourquoi…

J’avais clairement sous-estimé l’effort du marathon. Les 42km sans dénivelée ne constituait plus une distance impressionnantes pour moi, je pensais les maitriser, c’était une erreur. Le calendrier de course un peu chargé les semaines précédentes (Lyon Urban trail – 38km 1800+ 15 jours avant, Semi-Marathon de Valence 3 semaines avant, trail de collines 35km / 1500+ 1 mois avant), le manque d’eau le matin, le manque de sportenine… Tout cela avait abouties à ces crampes. Avec le recul, c’est assez évidant, mais sur le coup ça l’était beaucoup moi. Je testais aussi ma résistance.

Malgré cela, je n’avais jamais ressenti de telles sensations de course. Je suis content, car j’ai atteins mon objectif et surtout je n’ai pas lâché (ou plutôt j’ai tenu, mon corps a tenu !). Mes émotions sont les plus fortes que j’ai ressentie jusqu’alors en course à pied. Ce marathon, mise à part l’expérience certaine qu’il m’apportera sur un plan technique, me permettra également de comprendre pourquoi j’aime tant courir et qu’est-ce qui me pousse à aller plus loin. Clairement, l’émotion des derniers kilomètres et de l’arrivée furent pour moi un instant magique, une tranche de vie rare et forte que je garderais en mémoire pour toujours… un trésor que personne ne pourra jamais me prendre.

5min après l’arrivée, je retrouve ma lucidité… j’en suis convaincu : Je reviendrais. Comme pour cette participation, je serais motivé par l’objectif du chrono. Mais la prochaine fois, je sais aussi que je courrais pour, je l’espère, retrouver une émotion aussi forte que celle d’aujourd’hui et obtenir de la vie, ce cadeau précieux de l’émotion vive du dépassement de soi.

Bref, j’ai fait le marathon de paris.

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