NYC Marathon

NYC Marathon

Grenoble TGV – 1st Class of course – 19h20.

Après mes habituels moments de stress lié au départ, ça y est, me voilà enfin parti. Le périple débute par 3h de train pour rejoindre Paris. Première classe et siège individuel, la tension retombe, le travail et le reste sont déjà loins. Le moment est propice pour une retrospective, car si la mémoire imprime les instants forts, j’aimerais garder de cet evenement une empreinte précise, je prends donc le clavier…

Quand les gens m’en parlent, je leur dis souvent que le marathon de NYC est pour moi un véritable « rêve de gosse ». C’est un evènement mythique pour moi, mais aussi pour la plupart des gens, qu’ils soient sportifs ou non.

Mais pourquoi le marathon de NYC est-il autant sacralisé ? Sur mon lieu de travail, peu de personne m’ont interpellé lorsqu’au mois de Septembre j’ai courru 87km pour 5000m de dénivelé positive, un exploit pourtant bien plus conséquent que les 42,195 km. Par contre, cela fait des mois que tout le monde est au courant que je pars courir le marathon de New-York et les gens m’interpellent souvent pour m’en parler : alors, c’est quand ? Es-tu pret ?

Je vois deux raisons majeures à cela : c’est un marathon, et il a lieu à NYC. Tout est dit.

Le marathon reste un evenement sportif qui fait rêver. L’image du coureur plein d’humilité, qui accomplie avec une foulée élégante cette distance que la majorité des gens jugent comme inaccessible – voir déraisonnable – contribue à la légende. Légende à proprement parlé car là encore, si tout le monde ignore l’origine du football, du basket-ball ou autre sport populaire – beaucoup connaissent la fameuse histoire du soldat qui relia Athènes à la ville de Marathon. Enfin, tout le monde a déjà fait de la course d’endurance, à l’école ou dans un élan de motivation. Aussi éphèmère soient-elles, ces pratiques de l’activité permettent à tous de mesurer la difficulté de la course – et donc le mérite d’accomplir telle épreuve. Le marathon est donc une course qui résonne dans la mémoire collective comme une des épreuves sportives parmi les plus difficiles, mais aussi les plus humble – en un mot l’une des plus populaire.

Viens s’ajouter à cela une autre légende. New-York. La ville de tous les exces, de tous les fantasmes. Cette ville où tout est possible et qui ne dors jamais. La culture américaine en général, et sans doute encore à New-york qui en est la vitrine privilégiée, glorifie le dépassement de soi, l’effort et l’exploi individuel. C’est le « Just do it » dans toute sa puissance. Cette esprit correspond parfaitement à l’ambiance d’un marathon urbain. A titre d’exemple, l’utra trail qui est pourtant une course par définition de nature, de montagne, et loin des clichés urbain américain, vient bien des USA qui ont repoussé les difficultés jusqu’au fameux 100 miles. Cet état d’esprit très marqué fait que, le jour de la course, des milliers de New-Yorkais, sportif ou pas, s’aglutinent le long des rues immenses pour profiter du spectacle – pardon – pour participer au spectacle en tant que supporter assidu. Car si le spectateur classique vient simplement observer le spectacle, les américains sont là pour vivre l’evenement avec vous, partager votre rêve dans une procuration positive. Cette enthousiasme américain unique… qui fait la force de ce peuple. C’est donc la ville entière qui vit l’evenement, et le transcende en course mythique.

De cette alchimie aboutie l’un des evenements sportifs les plus connus et les plus populaire de la planète. Une célébration ultime du sport, du dépassement de soi, de la course à pied.

J’ai également été marqué par cette course à titre plus personnel. Les souvenirs sont flous mais aussi loin que remonte ma mémoire, j’ai toujours considéré le marathon de NYC comme le summum de la course à pied. Petit, l’un de mes voisins a participé à cette course. Tout l’immeuble était au courant et en parlait. J’ai le souvenir de le voir revenir de l’entrainement. J’étais trop jeune pour réaliser exactement ce qu’il faisait mais je savais qu’il entreprennait quelque chose d’incroyable, et qui en tout cas impressionnait tout le monde.

Plus tard, lorsque j’avais 11/12 ans, je participais aux cross départementaux organisés par l’association sportive de mon collège. Mes camarades et moi vivions ces courses avec une grande passion. Ce souvenir est rappelé à moi à chaque course d’enfant à laquelle j’assiste, où je suis d’ailleurs toujours impressionné de voir à quel point les jeunes vont au bout d’eux même. Leurs émotions exacerbées les poussent dans des retranchements que nos ames fatiguées d’adulte ne nous permettent plus d’aborder dans de telles dimension. A cette époque donc où les émotions sont riches, nous parlions entre nous du marathon de new-york. C’était le graal, le rêve ultime – et nos recits basés sur de brèves images télévisées – alimentaient nos fantasmes de jeune courreur.

Enfin, mon père était coureur. Chaque samedi il se rendait au stade où, tel un métronome, il comptait ses tours de stade. Je l’accompagnais de temps en temps, et mon ame d’enfant me faisait voyager du stade du quartier vers les plus belles courses du monde. Avec lui j’apprenais l’assiduité et la régularité de l’entrainement.

Aujourd’hui j’y suis, après tant de chemin. On dit d’ailleurs que ce qui compte ce n’est pas là  où l’on arrive, mais le chemin qu’on a pris pour y arriver. Et c’est bien vrai, car si je pars aujorud’hui le marathon de NYC, je n’oublie pas ce premier marathon inconnu (80 participants) fait en ardèche l’en dernier, mon premier marathon d’ailleurs, qui fut pour moi une belle victoire sur la vie, un moment que je n’oublieraie jamais. Comme je n’oublie pas tout le chemin accomplie pour être là aujourd’hui, ou simplement, le fait d’être là aujourd’hui, celui d’avoir ma jambe pour courir, et tout le reste.

Si clairement, j’ai toujours vécu mes passions à fond, j’ai souvent aussi alterné mes hobbies, me tournant facilement vers de nouvelle activités dès que le coeur m’en disait. Cela fait à present 2 ans que je cours régulièrement, et j’ignore si je continuerai longtemps à ce rythme. Pour le moment le plaisir est là, croissant même. Quoiqu’il en soit, j’ai l’impression de vivre ce marathon comme un certain achievement personnel. Si courir un marathon reste un exploit ponctuel, en courir un second confirme l’exploit – en courir un 3ème, et qui plus est le plus populaire au monde – et ressenti comme un certaine fin en soit, ou tout du moins, un cap certain que je suis pret à franchir.

Voilà, voilà. Tout ce qui m’a amené à être là aujourd’hui, à cet instant précis, dans ce TGV en route pour Paris. Le départ pour NYC est demain et une petite semaine nous sépare de la course.

Les émotions seront fortes, j’espère à nouveau toucher le plus profond de moi-même, comme cela m’est arrivé à Paris. Pour cela, il faudra que je donne tout, et je sais que je vais le faire, car j’ai gardé mon ame d’enfant – et tout comme eux, je ne sais que tout donner, je ne sais pas rester sur la réserve et encore moins ralentir. Je sais que cela sera dur, mais je veux que cette course soit dure – car si elle est dure comme le monde qui nous entoure, je peux la maitriser, la programmer et la réussir que je l’ai prévu.
Si je n’ai pas suivi un plan d’entrainement très précis, j’ai fait mes scéances comme il faut – il n’y a rien à redire la dessus. Je ne me suis peut-être pas aussi bien entrainé que si je faisais parti d’un club, en m’entrainant en groupe. mais j’ai été assidu – respecté mes objectifs et donné 100% de moi-même dans mes exercices de fractionné.

J’ai maintenant hate d’y être, hate de prendre le départ, de fouler le bitume des grands boulevards vides de NYC, à fond la caisse. Courir comme si je jouais ma vie, car je sais que pendant ces 3h, je me sentirai plus vivant que jamais, avec une énergie unique, décuplée par celle qu’insuffle naturellement la ville de New-York. J’envisageais de courir à un rythme un peu inférieur pour « en profiter », mais je me suis rapidement ravisé, j’en profiterai beaucoup plus en donnant tout ce que j’ai – car c’est le propre d’une course. Le jour du départ, je serai de nouveau un petit garçon, et comme sur le départ de mes cross je partirai plein pot et ne ralentirait pas. J’en suis, je suis là, personne ne pourra m’en empecher, je vais courir le marathon de NYC !

NDLR : Il semblerait que l’histoire voudra me démontrer et me rappeler que rien n’est acquis, puisqu’une tempete historique viendra ravager New-York quelques jours avant le Marathon. La course sera annulée la veille du départ à la surprise générale. Une bonne morale, surtout après avoir relu ce texte plein d’entrain. Cela dit, ça n’est que partie remise, je me suis promis de courir à nouveau le marathon l’année de mes 40 ans.

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