Crac – La fracture de fatigue

Crac – La fracture de fatigue

Quand je dis au gens – du milieu médical ou non – « j’ai eu une fracture de fatigue« , ils ne semblent guère surpris. Par contre, lorsque je leur explique qu’en fait, mon tibia s’est cassé en deux spontanément en course, leur regard change alors subitement.

Hiver 2013, malgré une grosse saison derrière moi, il n’est pas question de pause hivernale pour moi.

Après une Sainté-Lyon courue dans des conditions météorologiques épiques, et motivé par un bon résultat (500 premiers) je continue l’entraînement plus que jamais. Avec ma préparation au marathon de New-York effectuée au mois de Novembre, j’ai beaucoup de spécifique dans les pattes et j’ai la caisse, j’ai gagné en vitesse, je le sens lors de mes sorties… Alors, poussé par ces résultats positifs, je suis bien déterminé à ne pas relâcher la pression et je continue d’agrémenter régulièrement mes entraînements par des séances de fractionnés. Des séances qui sont dures, à tous les niveaux, mais j’en ai pris l’habitude. J’ai su monter mon seuil de résistance à la douleur et mon mental est tout autant affûté que mon physique.

Le 23 février 2013, au programme du jour une séance de fractionné pyramidale. C’est dur, mais je sais que ça paye, alors je ne lâche rien – surtout dans les dernières seconde des séries où la foulée se fait lourde. Les mouvements finissent mal coordonnés et la foulée devient maladroite, mais ce qui compte c’est de pousser le cardio, alors je bourrine.

Lors de la minute de repos entre mes séries, une « gène » au niveau du tibia se fait ressentir, c’est nouveau. Je me suis cassé le tibia il y a 15 ans, mais c’est aujourd’hui du passé et même s’il reste sensible je suis assez serein quant à sa solidité. Je l’ai suffisamment mis à l’épreuve ces dernières années pour avoir bonne confiance en sa solidité ! Je continue mes séries. La douleur ou devrais-je dire la « gène » est toujours présente mais uniquement lors des phases de repos, je l’oublie pendant les séries où je suis focalisé sur mon effort. Je ne suis pas inquiet, et je me dis à ce moment là que 2 ou 3 jours de repos pourraient me faire du bien.

J’arrive à la fin de l’entrainement, dernière minute de ma dernière série… bientôt la fin. Je ne lâche rien ! C’est à ce moment que mon tibia gauche se brisera en deux. Je retiens le bruit, ce claquement comme un bâton de bois qu’on casse, qui me glace toujours le sang aujourd’hui lorsque j’y repense . Je retiens aussi cette sensation de cauchemar éveillé, de chute dans le vide, de la vision de ma jambe pliée en deux, la douleur et l’angoisse qui monte simultanément, ce sentiment d’incompréhension, de panique… Mais tout ça est bien réel, ma jambe vient de se briser.

tibia cassé en trail tibia cassé en trail tibia cassé en trail

Je retiendrais aussi la gentillesse des gens qui m’ont secouru, le sourire des pompiers… Mais c’est bien la fin de tous mes projets, mes rêves s’effondrent. Tous les objectifs que j’avais fixés en 2013 et préparés après des années entrainement s’envolent. C’est dur, c’est très dur… je réalise que ma vie s’était lentement mais surement centralisée autour du trail.

Je me relèverai de cette blessure et gravirai à nouveau le Mont Rachais avant la fin de l’été suivant, mais je ne sais pas si je retrouverai un jour le niveau que j’avais atteins avant cette blessure. Je garde aussi en moi ce traumatisme.

Si j’avais su alors que cette fracture signifiait pour moi l’amorce d’un long virage, cela m’aurait sans doute consolé… Rien n’est anodin, ni le lieux, ni l’instant… Ce sera sans doute la morale que je conserverai de cette mésaventure. La relation de cause à effet est inaltérable. Si l’on ne contrôle pas toujours les causes, les effets sont par contres des choses sur lesquels ont peu influer plus certainement. Nos réactions face au événements que l’on rencontre conditionnent notre vie, et rien ne dit qu’un événement négatif n’aura pas de conséquences positives – tout comme l’inverse est également vrai.

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