Introspection – Pourquoi je cours ?

Introspection – Pourquoi je cours ?

A l’heure où je commence la rédaction de cet article, nous sommes le 16 Avril, au lendemain du Marathon de Paris 2012 que j’ai parcouru pour la première fois avec beaucoup de plaisir et dans le temps plutôt correct de 3h31.

En tant que trailer, l’évènement fut grandiose et tout à fait à la hauteur de mes espérances. L’énergie des 40’000 âmes foulant le bitume parisien, à laquelle venait s’ajouter celle des supporters venues en masse, se ressentait dans l’air. C’est une course cosmopolite avec des coureurs de diverses origines, avec diverses handicapes aussi, le tout regroupé dans une grande célébration de la course à pied.

Malgré cette course éprouvante, à peine mes esprits retrouvés et toujours dans le sas de sortie, je me surpris à penser involontairement à ma prochaine épreuve. Quand pourrais-je recourir un marathon et améliorer mon chrono ? est-ce qu’un ultra trail en montagne est beaucoup plus éprouvant ? Mon entraînement était-il le bon ? La nuit passe, et dès mon réveil, ça me reprend… A midi, alors que ma démarche hasardeuse atteste encore de l’effort d’hier, je m’inscris à la Sainte-Lyon dans l’heure qui suie son ouverture !

Mais que diable m’arrive-t-il ? Dès que j’ai 2 minutes de libre, je guette sur le web les ultras trails auxquels je vise une première participation cette année, la nuit je rêve au sens propre d’UTMB ou de diagonale des fous, avec pour livre de chevet le « Courir ou Mourir » de Kilian Jornet.

Alors je me questionne… D’où me vient cette boulimie de course, et surtout cette addiction à la compétition ? Cela ne me ressemble pas, mais alors pas du tout ! A 33 ans, l’accès à la compétition est complètement nouveau pour moi.
Fondamentalement, j’aime courir, la sensation de vitesse et sentir la mécanique du corps qui travaille. J’ai toujours couru, et même si j’ai participé à quelques cross inter-scolaire, je courrais surtout par plaisir, pour raccourcir un trajet, où retrouver mes copains plus rapidement…

Par contre, je n’ai jamais aimé la compétition. Le sport c’est pour moi du plaisir, et le fait de me mesurer aux autres, de se voir imposer des contraintes horaires, de devoir se conformer à des règlements, et comble de tout, de devoir payer pour pratiquer… ça va pour moi à l’encontre de ce plaisir.

La course à pied représentait pour moi l’essence même du sport brut : pas besoin d’équipement, pas besoin de terrain particulier, pas de règles de jeu, pas d’adversaire ni de coéquipier… juste moi et le chemin. Je rejetais la commercialisation d’un sport simple, en prônant une pratique libre loin de tout aspect lucratif.

Mais cela à visiblement bien changé, alors pourquoi diable ! Pourquoi ce changement ? Je me questionne, je veux comprendre qu’est-ce qui me fait courir. Je vous propose mon introspection de coureur à pied.

La course pour s’échapper

Ce qui m’a permis d’acquérir la base minium nécessaire pour la prise de plaisir dans la course à pied (que j’estime autour de 45min de course à allure moyenne) est la fuite du quotidien. Des journées de travail trop longues, un travail redondant, chercher à fuir une routine…

Alors, pour donner à mes journées un peu plus de sens, et surtout pour échapper à cet environnement, j’ai mis mon temps de pause entre midi et deux à contribution pour courir. J’ai la chance de travailler proche de sentiers en forêts où j’ai pu pratiquer sur terrain vallonné 1h00 par jour et 2 à 3 fois par semaine. Clairement, la course à pied était un exutoire qui me permettait d’échapper au stress lié à ma situation professionnelle. Pas de grosses surprises, je pense qu’il en est de même pour beaucoup, et que cela d’ailleurs ne s’applique pas seulement à la course à pied mais au sport en général.

Cela dit, à ce rythme de pratique, j’ai rapidement eu « la caisse » ! et c’est là que j’ai décidé de m’inscrire à mes premières courses. Pourquoi ? je crois parce que ces courses m’ont permis de me dépasser en me donnant l’occasion de courir plus longtemps que ce que j’avais l’habitude de faire. Je courrais souvent sur le même parcours et une course organisée me permettait de suivre facilement un parcours balisé et aller un peu plus loin que la boucle habituelle.
Cette première inscription à une course est également due parce que (je crois) que je m’en sentais capable. Participer à une course me permettait en quelques sorte de « valider » une compétence. Je n’étais pas simplement un coureur loisir, mais je participais à une course, ça changeait tout ! Je devenais un traileur…

Les premiers circuits de 15km avec dénivelé étaient pour moi un véritable défis. Mais je m’en sentais capable, je voulais essayer. Et voilà, j’avais mis un doigt (ou plutôt un pied) dans l’engrenage !

Courir pour se trouver

A force de courir régulièrement, j’ai pu courir sans forcer des durées de plus en plus longue, et donc sur des parcours de plus en plus grand. L’endurance vient vite, c’est autre histoire pour la vitesse de course…
Encore une fois, la chance d’habiter une région montagneuse associée à cette endurance nouvelle m’a permis d’essayer différents sentiers, tester des embranchements, essayer de couper à travers bois (souvent sans succès) et m’amuser à me perdre sur les chemins.

Si vous me voyez venir, c’est normal car je ne suis pas le premier à le dire… Chercher son chemin en courant n’est pas qu’une image. Choisir un embranchement plutôt qu’un autre reste une décision qu’on prends, où l’on s’engage. On prend le risque de prolonger sa course alors qu’on est déjà fatigué, de tomber dans un cul de sac, où face à une cote difficile… On prends aussi le risque de trouver un sentier magnifique, de croiser une biche, où encore une clairière cachée. Autant de métaphores qui pour moi ont un véritable sens, et qui plus ou moins sciemment influencent nos choix de vie au quotidien.

Quel rapport avec la compétition ? Il est insidieux, mais j’y viens. Le parcours balisé d’une course organisée m’apporte un effet similaire bien que différent. Suivre un parcours, ça peut paraître plus simple que d’évoluer sur un circuit libre, où l’on est libre de choisir son chemin. Et pourtant, on se rend vite compte qu’on aimerait bien couper certaines boucles, pouvoir s’arrêter à certains endroit pour apprécier le diaporama, où plutôt continuer un sentier qui nous semblait agréable. Mais courir sur un parcours balisé impose certaines contraintes, il faut suivre les règles, il faut avancer et suivre le rythme général, ne pas être le dernier… Le parallèle est simple, mais la vie en société est également pleine de contraintes, qu’on doit accepter, appliquer et apprendre à maîtriser au mieux afin de les subir au minimum, voir même de les faire jouer à son profit.

Alors oui, les contraintes d’une course à pied m’apportent la volonté nécessaire au quotidien de jouer le jeu parfois imposé.

Courir pour libérer son esprit

Courir pour échapper au stress du quotidien, OK. Courir pour laisser libre court à son esprit, OK. Mais alors pourquoi toujours plus ? Mes proches me demandent pourquoi faire ces longues courses ? Si je ne serai pas meilleur sur de courtes distances ? J’avoue ne pas savoir quoi leur répondre. Je pourrai en effet m’améliorer sur de courtes distances, devenir un pro du semi-marathon ! mais non, ça ne m’attire pas, c’est la sur-enchère, je veux faire plus long…

Tout d’abord, je ne peux nier la satisfaction que j’ai à me dépasser, de repousser mes limites et de me sentir fort. C’est bien sur vrai, surement un peu narcissique, et je ne contre-dirai personne disant qu’il y a une véritable satisfaction personnelle à accomplir une distance jamais atteinte ou à battre un chrono perso. Cela dit, à pousser un peu plus la réflexion, je sais que ceci n’est pas le fondement de mon effort. Mes limites je les connais, j’ai déjà été confronté à des choses dures dans ma vie, à des choses beaucoup plus dures qu’une simple course, et je n’ai rien à prouver… ni à moi, ni à personne. Alors, cherche encore, quoi d’autre?

Je pense souvent que dans notre société où la sollicitation est permanente, où désormais même les moments creux les plus courts sont comblés par nos smartphones, la course m’offre un instant rare et précieux où je ne suis sollicité par rien. Pas de téléphone, pas d’internet, pas de télévision… Rien et des heures de courses devant moi, au milieu de la nature, dans l’humilité qu’elle impose…
Je pense que la course à pied, et de manière générale l’effort de longue durée, offre une vraie opportunité de réflexion. Un moment privilégié où l’esprit est libre. En effet, en plus d’un moment de liberté totale offerte à notre cerveau, l’effort physique empêche l’esprit de se focaliser sur un sujet précis. On a du mal, où simplement pas envie de se concentrer. On passe ainsi d’une idée à une autre, l’esprit divague. Je me suis souvent retrouver à fredonner de vielles chansons dont je ne saurais dire d’où elles sortent, où alors à me remémorer des instants de vie que j’avais enfoui dans mes souvenirs lointains.
Ces instants de divagation sont sans aucun doute quelque chose dont l’être humain a besoin, et dont la société d’aujourd’hui le prive de plus en plus. Plus je cours longtemps, et plus me esprit est libre. C’est parfois après 3h ou 4h que mon esprit divague totalement libéré de toute pensée parasite.

Le petit truc en plus

Alors pourquoi je cours des heures durant dans de longue course de trail ? Surement un peu pour toutes ces raisons : me libérer de mon stress, valoriser mon quotidien, offrir à mon esprit des fenêtres de liberté, me dépasser parfois.

Mais ce que j’ai compris avec certitude suite à ce marathon, c’est que si je cours autant aujourd’hui et que je cherche des compétitions toujours plus dures, c’est pour trouver quelque chose d’extrêmement plaisant, d’extrêmement fort et que je ne retrouve nul par ailleurs.
L’effort long me transcende. Les émanations chimiques souvent comparées à celles obtenues par l’absorption de drogue, me mettent dans un état second. Cet état second, couplé avec les sentiments de dépassement de soi ou de la joie du franchissement de la ligne d’arrivée m’apportent une émotion forte, très forte, et que peu de choses me donnent aujourd’hui. Une émotion forte, simple et vraie qui me fait vibrer, me fait me sentir plus vivant que jamais et m’émeu jusqu’aux larmes. Alors que je m’isole dans le sas de sortie, pour laisser s’exprimer mes émotions et pleurer sans raisons particulières, cette fois, j’ai compris pourquoi je cours.

Dans ce monde où l’on court après différents objectifs : réussite sociale, financière, familiale, bien-être, culture, etc. La course à pied m’apporte, à mon sens, l’essence même de la vie : des émotions fortes.

Et finalement n’est-il pas plus censé de courir après ces instants de vie pure, qu’après tout autre chose ?  Encore une fois, je ne pense pas que la course à pied soi l’unique moyen de trouver ces sensations. Beaucoup de choses dans la vie apportent de belles sensations, un enfant, la musique, l’amour ! Mais puisqu’on me demande de trouver un sens à tout, en voilà une bien à moi.

Et vous, vous savez pourquoi vous courrez ?

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