Minimaliste modéré

Minimaliste modéré

Je me suis mis à la course à pied il y a un peu plus de trois ans, et je suis devenu au fil du temps complètement accroc. J’enchaîne les courses et mon temps libre est quasi systématiquement consacré à l’entrainement. J’ai bien progressé depuis mes débuts et acquis pas mal d’expérience. J’ai notamment appris à bien m’équiper et c’est de ça dont je voulais vous parler dans cet article.

Lorsque je pars courir, je choisis selon le parcours la paire de chaussure adaptée. Soit une chaussure exclusive bitume, dynamique et légère, soit une chaussure typée trail, plus rigide et adhérente. Sinon j’ai aussi un modèle polyvalent qui convient aux parcours mixtes. J’ai aussi acheté une paire de Hoka. Ces chaussures sont géniales, on a l’impression de courir sur un coussin !

Je sélectionne ensuite mes textiles précieusement de la tête aux pieds. Chaussettes doublées, manchons de compression pour mes mollets, short spécial aussi pour mes cuisses, un haut adapté qui améliore mon équilibre, un coupe vent technique respirant et étanche triple couche. J’apprécie les textiles Salomon (ceux de mes idoles) car ils assurent en plus du confort, une performance maximale.

En fonction de la météo je prends casquette, lunettes de soleil, ou un buff. L’hiver, c’est bien sur bonnet et gants. J’adore parce que lorsque je porte tout ça, c’est comme si je portais un uniforme, une tenue de combat ! J’ai « le style » et l’impression d’être un soldat qui part au combat. La veille de course, je prends plaisir à préparer soigneusement mon équipement que j’aligne proprement dans ma chambre.

Ca dépend de mon humeur, mais pour les courses longue, j’emporte l’iphone. J’ai des écouteurs spéciaux qui me tiennent bien dans mes oreilles et résistent à l’humidité. Ça me permet aussi de prendre des photos, mais quand ça vaut vraiment le coup, je prends mon appareil photo numérique les chamois et les marmottes.

Niveau alimentation, je suis au top ! J’ai testé des tas de produits et maintenant je connais ceux qui me correspondent au mieux. Petit déjeuner spécial, et toujours un gel énergisant avant la course. Pendant la course, j’ai des gels longue durée, des gels anti-crampes, et des coups de fouet pour les cote difficiles ! Après la course, je prends toujours une barre spéciale récupération, ça fait une vraie différence. J’utilise un système Compex pour la récupération. C’est un peu cher mais terriblement efficace !

Pour le suivi de l’entrainement, j’emporte toujours ma montre GPS. C’est un élément clé de l’entrainement dont je ne saurai me passer. Et puis c’est sympa je peux partager mon parcours sur Facebook, et montrer à mes amis les parcours sympa que j’ai fait !

Je vais m’arrêter là, même si j’aurai pu sans trop forcer allonger la liste… J’espère que vous aurez compris le ton ironique de cet article. Ironique et légèrement amère, parce que la plupart des exemples cités ci-dessus sont vrais. Je sais que beaucoup de coureurs s’y retrouveront. Je suis pourtant juste un coureur amateur, je cours depuis relativement peu de temps, et mon niveau est modeste.

Alors pourquoi ce coup de gueule ? Je vais vous le dire.
Aujourd’hui après ma course, je profitais d’un stand démo pour tester les produits Compex. Ma voisine plutôt exubérante nous expliquait à qui voulait bien l’entendre comment elle utilisait son Compex de travers ! Car oui, « ça saoulait » madame de lire le mode d’emploi et du coup l’utilisation qu’elle faisait de l’appareil était mauvais et inefficace… On parle d’un produit à minimum 450 euros…
Pendant ce temps, le gars du stand me vantait les vertus de son nouveau modèle sans fil à… 1250 euros.

Alors franchement, je me demande vraiment de qui se moque-t-on ? Que connait-on vraiment de la course à pied ? Pourquoi se prend-on pour des champions que nous ne sommes pas ? Je crois que nous sommes plutôt des enfants gâtés. Qu’on court et qu’on s’équipe autant pour flatter notre égo. Qu’on porte notre équipement non pas pour son efficacité mais parce qu’il nous rend beau, nous rend artificiellement fort, et qu’il est censé représenter notre niveau un peu comme la voiture qu’on conduit sert de reconnaissance sociale.

Quand je fais le points les éléments listés, je compte 2000 euros de matériel.
Connaissez-vous le salaire mensuel moyen au Kenya ? Il est de 44 euros. Le Kenya est le berceau de l’humanité mais aussi de la course à pied. La bas, courir fait partie de la culture, tout le monde court, et s’entraine dans des conditions sommaires.
2000 euros d’équipement représentent 42 mois de salaires au Kenya, soit 3 ans et demi. Si on compare avec l’Ethiopie et son salaire mensuel moyen de 17 euros, on est à 9 ans de salaire ! N’y-a-t-il pas là dedans quelques chose de gênant ?

Je ne blame personne, je suis moi-même dans le lot, mais je réfléchis et essaye de me remettre en question. Si nous courrons des trails de 4h, 6h ou plus, c’est avant tout parce que nous sommes passionnés. Nous aimons courir, la nature, ou diverses raisons qui nous motivent, mais nous sommes bien passionnés. Pourtant, le marketing affuté s’est saisi de ce marché croissant et joue de ses meilleures stratégies pour s’immiscer entre nous et notre passion.
Ce qui séduit beaucoup de personnes dans la course à pied, c’est la simplicité de ce sport. La passion à l’état brute, celle qui anime un Kilian Jornet pour la montagne, la sincérité du sourire d’un Gaibresailaissié. S’ils sont les égéries des grandes marques, on connait aussi la difficulté qu’ils ont à jouer ces roles d’ambassadeur, eux aussi sont pris par le système ?

Alors je ne sais pas vous, mais j’ai envie de changer, envie de rester en marge de ce système que je cherche justement à fuir lorsque je vais courir. Je n’irai pas courir pied nu demain car les extrêmes sont toujours mauvais, je crois que la course minimaliste est l’une de ces extrêmes. Mais je vais redresser la barre, car il est temps. Courir doit rester un plaisir, un plaisir simple et plein d’humilité. Un plaisir de découverte, de nature, de rencontre et de partage. Je n’achèterai pas de compex, car je suis loin d’être un champion. J’ai déjà tout le matériel qu’il me faut alors je n’en achèterai pas d’autre, sauf quand il sera trop usé pour être utilisé. Je ferai moins de courses, et j’irai courir plus souvent en montagne pour mon plaisir. J’essaierai d’organiser plus de course avec mes amis. Je mangerai des barres classiques et pas des gels chimiques dont je doute encore de l’efficacité. Je mangerai des pâtes plutôt que du malto.

Je voudrais que ce beau sport ne soit pas pervertis par le commerce. Le marketing arrive à sublimer les images, les messages et les sensations. Le succès de « Just do it » c’était la simplicité de l’effort et du sport, mais c’était pourtant un message marketing… un message marketing parfait. Mais en nous séduisant, en nous flattant, ils pervertissent le message. Alors aujourd’hui, dans le même thème j’ai envi de dire « run it simple » ou « run it free ».

3 comments

  • Bravo pour ce beau témoignage. Aimer courir pour le plaisir de pratiquer un sport sain et à la portée de tous, aimer se fixer des défis sans prétention quelconque, vivre des moments intenses lorsque la beauté des paysages nous fait vibrer d’émotions, voilà un choix qui ne laisse pas indifférent.

    C’est probablement cette sincérité qui permet de garder sa lucidité pour ne pas devenir la victime des prédateurs mercantiles !

    Encore bravo et félicitations sincères.

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  • Belle inspiration et belle lucidité !
    Moi aussi j’ai fais mon autocritique te je partage ici mes quelques « résolutions »…

    Je suis moi aussi un coureur de quelques années et je cours pour des raison simillaires mais j’ai le même cas de consicience de « consumérisme » et surtout de matériel disproportionné. Plus précisément je remarque un écart énorme entre la masse de temps et d’argent dépensée sur mon matériel en comparaison de mon mode de vie et mes valeurs minimalistes et anticonsumériste par ailleur… mais je suis un cliché d’ingénieur bricoleur et maniaque du matos… Comme je ne suis pas pauvre et que je suis exigeant je paraît condamné à consommer ! (catastrophe !)

    Du coup je fais attention à ne pas acheter de truc stupides mais le résultat est que j’ai passé des heures et des heures avant d’acheter mes bâtons (BD) ou mon sac (skin 12) et mes chaussures (Sense). Au final mon choix s’est toujours porté sur du « premium » et à l’arrivée mon matos des grand jour est bien cliché !

    Pour éviter de m’y perdre, je me suis déjà imposé d’avoir un nombre limité d’objets, une seule paire de bâtons, deux de chaussure et deux sac seulement … Pour ça j’ai donné mon ancien sac, vendu mon ancienne frontale, mes bâtons etc… Comme je fait rarement de compétition je n’ai pas de « penderie finisher » mais j’ai fait un grand tri. C’est déjà pas mal de ne pas se faire envahir physiquement par le matos ! Bref « Less is more ».

    Pour satisfaire mon coté bricolo et ingénieur j’ai pas mal amélioré et réparé mon matos , ce qui donne une « maitrise » qui rends le matériel plus performant et plus personnel ce qui est très appréciable. Avec ça on ne sort pas du tout du matérialisme mais on a une relation moins consumériste car on a en partie construit et amélioré ce qui était juste un « produit ». Bref « Do it yourself ».

    Pour le marketing de Salomon je n’ai aucune solution, ils font de super films qui n’ont pas d’équivalents et sont vraiment inspirants. Cependant il faut comparer objectivement les produit et cela me fait souvent acheter ailleurs. Mais il faut débranche youtube comme la TV !

    Enfin je pense qu’on peut relativiser un peu car si mon matos m’a couté cher, je l’apprécie beaucoup sur le terrain et je le répare/modifie de sorte que j’espère être équipé pour des année d’usage intensif ! Si on divise tes 2000€ par tes heures d’entraînement, alors c’est toujours moins ou aussi cher que l’alpinisme, le ski, le vélo, l’escalade et même la rando itinérante !

    Là ou on peu se ruiner et gaspiller énormément sur le long terme c’est en enchaînant les dossards et avec la nutrition. Car avec des dossard à 150€ sur des ultras et 4€/heure en nutrition « industrielle » plus le déplacement un trail devient vraiment cher et éloigné de nos valeurs. Pour ça j’ai adopté deux trois résolutions que je recommande:

    1) Le Off : tu prépare ta trace et ton projet, tu pose une date et Paf ! Le traversée de chartreuse ou autre rêves sont possibles. Je penses ainsi très fort au vercor pour cet été. Je ne prends un dossard que pour suivre des bons amis ou si c’est un ultra que je ne vois pas comment faire en Off.

    2) La nutrition maison : les poudres de boisson énergétique, les gel et les barre sont parfaitement faisable chez soi en achetant des protéines, de la maltodextrine ou même des vitamines. Tu peux aussi faire du bio et naturel selon tes envies. C’est largement moins cher et c’est au moins aussi performant !

    3) Se déplacer intelligent : Si c’est à moins de quelques heures de vélo alors combiner Velo+trail donne une autre dimension super satisfaisante et on économise sur tous les tableaux : diesel, euros, entraînement, CO2…

    Je pense que la « transition » ce n’est pas que pour les autres et concerne nos loisirs comme le reste, un peu d’autocritique et de cohérence implique certaines règles que l’on a pas l’habitude de se fixer . Mais les adopter permet de faire plusieurs pas dans de bonnes directions pour soi et l’environnement.

    Merci pour ton inspiration et bonnes réflexions.

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    • Merci pour ton commentaire, également lucide et honnête ! Difficile de lutter, et on a tout de même le droit de se faire plaisir ! Mais comme tu dis, la prise de conscience, c’est déjà un pas vers moins de surconsommation ! Merci aussi pour tes points concrets : J’ai essayé l’alimentation maison et j’ai trouvé ça super, cela dit les barres décathlon sont pas cher, et vraiment pas mal niveau gout et besoins alimentaires. Les offs c’est aussi super, car avec un minimum d’organisation, on peut aussi se faire des beaux parcours, profiter des refuges, des nombreux points d’eaux, faire des rencontres sympas. Certaines courses sont devenues des vrais évènements commerciaux/marketing, et pourtant c’est souvent celles qui attirent le plus de participants. Je pourrais débattre des heures sur le sujet, les idéaux contre les influences de la vie quotidiennes… En tout cas, encore merci pour ta lecture et ton partage.

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