Ces mecs qui te doublent dans le sas d’arrivée !

Ces mecs qui te doublent dans le sas d’arrivée !

Alors là les gars, je suis vraiment remonté. Laissez-moi vous raconter ce qui m’est arrivé.

Après une course de 55 km, de plus de 10 heures d’effort parmi plusieurs centaines de concurrents, j’arrive glorieusement vers la ligne d’arrivée. On est tout près, cette fois c’est la fin ! « Yes, I did it !!! » . J’entends le speaker au micro, les applaudissements qui retentissent. L’émotion m’envahit; un frisson me donne la chaire de poule et je retiens un sanglot…

Tout est parfait pour ce moment maintes fois visualisé dans les moments de souffrance en course, à l’entrainement. La foule est dense, et sont présents mes amis, ma famille, ma petite amie.

Je répète dans ma tête les gestes de victoire que je préparais le matin devant ma glace en me brossant les dents. Les foule va m’acclamer; j’ai mon prénom bien visible sur mon dossard et j’entends déjà les bénévoles me féliciter « Bravo Kilian… » heuuu, pardon. « Bravo Kévin, tu es le meilleur, tu y es presque » .

Oui, j’y suis presque ! Ça y est, le sas d’arrivée est visible; Je vois l’arche au bout de la ligne droite. J’essaye de me redresser, d’allonger la foulée. C’est dur, mais je suis galvanisé et retrouve de la fraîcheur. J’accélère la foulée, j’ai l’impression de voler au dessus du sol.

je vole

J’arrive dans le sas prêt à laisser exploser ma joie, quand tout à coup, surgit de nulle part, monsieur super connard tape le sprint et me double avant la finish line. (NDLR: VDM).

J’essaye bien d’accélérer mais ce bâtard m’a eu par surprise et partie dans sa lancée, il m’est impossible de le rattraper – Je réalise d’ailleurs à ce moment-là qu’en fait, je ne volais pas au dessus du sol…

Cet instant de pur bonheur se voit alors s’effondrer tel un château de sable, ruiné par ma contrariété.

Le speaker en rajoute une couche et m’humilie publiquement « Félicitation au concurrent 666 qui trouve la force de doubler juste avant l’arrivée, quel courage ! Bravo !! » et enchaîne avec lui sur une glorifiante interview.

Pourquoi tant de haine ? Pourquoi cette méchanceté gratuite ? L’aurais-je blessé durant son enfance ? Est-il le frère d’une ex-petite amie ? Alors qu’on m’enlève mon dossard, j’essaye de feindre un sourire, alors que j’ai surtout envie de pleurer (non pas d’émotion, mais de rage).

Ma copine vient m’achever en me demandant naïvement « Bravo, c’est bien mon chéri ! Mais le mec qui t’a doublé à la fin, il a fait la même course que toi ? Parce qu’il avait quand même l’air beaucoup plus en forme ! C’est bizarre, non ? » .

Je suis dépité et passablement énervé.

Après la ligne, cet abruti à la compétitivité exacerbée se retourne vers moi et me lance avec le sourire ultrabright « Sans rancunes, hein !? » . A ce moment-là précis, j’aurai pu lui répondre : « Et ma semelle vibram imprimée sur ta gueule, ça te tente ? » .

Mais après plusieurs heures de courses, la fatigue a eu raison de ma légendaire agressivité… J’ai donc préféré prendre sur moi et lui cracher un gros glavio à la figure.

Voilà mon histoire.

Si vous le permettez, tentons de revenir ensemble sur la réaction psychologique de cette personne.

J’avoue être troublé. Bien-sur, on ne joue pas le podium, ni même le top 5 ou le top 10. Bon, pour être honnête avec vous, on jouait plutôt le top 500 – sur 600 coureurs. J’en déduis qu’il ne s’agit pas d’une question de classement.

Alors, qu’est-ce qui peut pousser ce crétin à me doubler furieusement ? Peut-être simplement la compétitivité ?

Mais bordel ! On est sur du trail-running, pas sur une piste d’athlétisme !!! La fraternité, la solidarité et l’empathie sont pourtant des concepts revendiqués par les pratiquants. Dans les magazines, je vois certains grands coureurs qui jouent la gagne, faire le choix de passer la ligne ensemble, main dans la main, plutôt que de jouer le sprint finale façon Lance Amstrong sous EPO ! Je suis franchement dépassé et m’interroge.

Du coup, me voilà à nouveau frustré, énervé et terriblement en colère.

Je me suis impulsivement ré-inscrit à une nouvelle course la semaine prochaine pour cette fois vivre correctement le passage du finish. Cette fois pour sûr, j’aurai un œil dans le rétroviseur ! Et si je vois quelqu’un tenter de me doubler sur la fin, je lui placerai discrétos un bon coup de coude dans les gencives en simulant un geste de victoire. Et Paf !

Pour mieux vous rendre compte, voici à peut-prêt ce que j’ai vécu :

NDLR : Cet article a été un peu romancé certes; cela dit, il est basé sur des faits réelles. Donc si tu lis ça – oui, toi le mec qui double dans le sas d’arrivée – Pose-toi s’il te plait la question : Ton acte a-t-il vraiment du sens ? Le juges-tu vraiment intègre et fair-play ? et dans l’esprit du trail ? Si ta réponse est oui, et que la victoire se joue jusqu’au bout – tu n’as peut-être pas complètement tord. Tu n’en demeures pas moins un gros CONNNNARD !!!!

Signé le Trailer en colère !

3 comments

  • Au début j’ai cru que tu étais premier de la course, et que le deuxième, pas correct, venait te voler cette première place.
    Ensuite, j’ai compris en voyant 10h de course pour 55km que tu n’étais clairement pas premier…
    Je comprends que ce type ai pu t’énerver, mais franchement que tu sois 500ème ou 510ème etc.. je crois pas que c’est une raison d’en faire tout un plat comme ça…

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